CFP 2028-2034, condition sine qua non d’une Europe sociale tangible
« L’investissement social invite à préparer l’avenir pour avoir moins à réparer » rappelait le chercheur Bruno Palier dans un rapport du Conseil économique, social et environnemental en 2014. La crise du Covid-19 et la capacité de résilience de plusieurs pays ont pleinement confirmé cette assertion, mettant en évidence le rôle indispensable d’amortisseur social des régimes de sécurité sociale. L’Espagne et la Belgique avaient ainsi mis en place en 2023, au sein du Conseil de l’UE, un groupe de travail informel sur les investissements sociaux (IWGSI), afin de fournir des preuves empiriques des rendements micro et macroéconomiques des investissements sociaux. En complément, la présidence belge du Conseil de l’UE avait, début 2024, créé un Conseil « Jumbo », pour réunir Ministres des affaires sociales et Ministres de l’économie et des finances afin de permettre une meilleure prise en compte des réformes et des investissements sociaux dans la gouvernance économique de l’UE. La Reif également, avec d’autres partenaires, plaide depuis des années pour que l’UE considère pleinement la protection sociale comme un investissement et non comme une simple dépense.
Quelles n’ont donc pas été nos craintes quand les premiers signaux concernant le prochain Cadre financier pluriannuel (CFP) laissaient présager un désinvestissement de l’UE sur les questions sanitaires et sociales. Comment répondre à l’impératif central d’une Union plus compétitive, fixée par la nouvelle Commission, tout en se désengageant totalement de son aspect social ? Quel intérêt de lancer un nouveau Plan d’action sur le Socle européen des droits sociaux (SEDS) sans s’appuyer sur un bras financier – Fonds social européen + (FSE+) – solide pour l’accompagner ?
La présentation mi-juillet de la proposition de nouveau CFP pour 2028-2034 a permis de lever certains doutes (voir article ci-dessous), a minima sur l’investissement social. En garantissant 100 milliards d’euros et 14% de fonds nationaux fléchés vers le FSE+, la Commission propose une base de travail solide et rassurante au Conseil et au Parlement pour les négociations à venir. Gageons, comme le rappellent nos partenaires Esip, que ces priorités sociales ne seront pas détricotées par les États membres. En outre, pour la Reif, les défis posés par les transitions démographique, verte et numérique dans le cadre d’un marché unique compétitif doivent passer par un financement adéquat des organismes de sécurité sociale en Europe (cf. position Reif sur l’accès aux fonds).
La Reif restera mobilisée sur ce sujet essentiel dans les mois à venir. En prenant part aux diverses initiatives de la Commission en matière sociale – Stratégie sur l’égalité des genres, Plan d’action sur le SEDS, Plan européen pour des logements abordables, Stratégie de lutte contre la pauvreté…– nous ne manquerons pas de rappeler systématiquement que sans financements européens, les objectifs de ces initiatives resteront lettre morte.
Ces questions, et bien d’autres, seront d’ailleurs abordées lors du forum Esip du 15 octobre 2025 sur la contribution de la sécurité sociale à la compétitivité et à la croissance européenne. N’attendez pas pour vous y inscrire et bel été à toutes et à tous !
L’équipe Reif – Anne-Claire, Benjamin, Alma et Adèle
