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17.02.2021

Isabelle Sancerni, Présidente de la REIF : « Plus de personnes sont désormais conscientes de la valeur de la Sécurité sociale »

Isabelle Sancerni, Présidente de la REIF : « Plus de personnes sont désormais conscientes de la valeur de la Sécurité sociale »

Isabelle Sancerni

Isabelle Sancerni

La Sécurité sociale française a-t-elle été réactive face à la pandémie de la Covid-19 ?

La Sécurité sociale française a joué un rôle essentiel d’amortisseur de la crise en garantissant la continuité de la protection sociale des assurés sociaux.

Elle a su s’adapter en adoptant les mesures nécessaires pour compenser l’impact de la pandémie : congés maladie pour les personnes courant des risques et celles prenant soin des enfants, reconnaissance de la Covid-19 en tant que maladie professionnelle, généralisation de la téléconsultation, chômage partiel, aides aux entreprises et aux indépendants, renouvellement automatique des droits aux minima sociaux, adaptation des procédures et des contrôles, aides aux équipements et services aux familles, versement d’aides exceptionnelles pour les plus vulnérables, etc.

Cela aurait été moins facile si nous n’avions pas pu nous appuyer sur la solidité et l’universalité de notre système. J’ai la conviction que plus de personnes sont désormais conscientes de la valeur du filet protecteur que constitue la Sécurité sociale.

Pourriez-vous indiquer quel est le rôle de la REIF ?

Grâce à sa localisation permanente à Bruxelles, la REIF permet aux organismes nationaux français de Sécurité sociale de bénéficier d’un accès facilité aux décideurs européens. La REIF travaille en étroite collaboration avec les acteurs clés de la prise de décision européenne (eurodéputés, fonctionnaires de la Commission, autres acteurs publics et privés français présents à Bruxelles). Elle peut ainsi leur transmettre l’expertise française en matière de sécurité sociale. Dans le même temps, elle peut rechercher et communiquer à ses membres des informations utiles sur les projets qui se préparent à Bruxelles. En outre, la REIF inscrit son action d’influence dans une logique de partenariat et d’alliance avec l’ensemble des acteurs de la protection sociale européenne afin de faire entendre une voix commune et donc plus forte.

Quelles sont les attentes de la REIF vis-à-vis de la Présidence portugaise du Conseil de l’UE ?

Je suis heureuse que le Portugal ait érigé comme priorité la valorisation et le renforcement du modèle social européen. Une Europe sociale plus forte constitue la réponse la plus adéquate à la crise que nous vivons.

Cette Europe doit accorder une place plus importante à l’amélioration de l’égalité entre les femmes et les hommes. Favoriser la conciliation entre vie privée et vie professionnelle en constitue un facteur déterminant. Elle doit également se préoccuper de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale et de la protection spécifique des groupes les plus vulnérables. Je pense notamment aux personnes en situation de handicap ou aux familles monoparentales. La REIF se réjouit également de l’ouverture d’un débat sur l’accès aux soins et aux médicaments, dont le prix constitue un enjeu de taille pour la viabilité de l’assurance maladie.

Union européenne de la santé, Livre vert sur le vieillissement, Vision européenne à long terme dans les zones rurales, Stratégie Handicap 2021-2027, droits sociaux des travailleurs des plateformes…, l’agenda santé et social 2021 de l’Union européenne sera particulièrement chargé, avec des dossiers à forts enjeux pour la Sécurité sociale française.

La mise en œuvre du Socle européen des droits sociaux constituera un dossier-clé en 2021. Pouvez-vous nous parler de la position de la REIF ?

Les organismes membres de la REIF sont particulièrement impliqués dans la mise en œuvre des principes sociaux du Socle européen, en tant qu’organismes du régime légal et obligatoire de sécurité sociale mais aussi au titre de leurs missions d’action sanitaire et sociale qui viennent en complément de la protection sociale de base.

A ce titre, nous plaidons pour que l’Union européenne permette un accès systématique aux fonds européens pour les organismes nationaux et locaux de Sécurité sociale ainsi que pour leurs partenaires qui mettent en place des expérimentations et innovations sociales visant à maintenir l’emploi, permettre l’insertion sociale et économique, garantir une meilleure conciliation entre vie privée et vie professionnelle ou encore permettre la prévention en matière de santé et l’accompagnement au bien-vieillir des assurés sociaux sur tous les territoires de France.

La valorisation des bonnes pratiques nationales de sécurité sociale doit être également encouragée par des échanges plus systématiques entre pairs et en permettant des comparaisons pertinentes des performances respectives des systèmes de sécurité sociale des pays de l’UE. Je pense par exemple au soutien à l’autonomie qui conduit à la création d’une nouvelle branche de la sécurité sociale en France. Cette question gagnerait à bénéficier d’une définition européenne commune de l’autonomie et des bonnes pratiques des branches de sécurité sociale mises en place dans certains Etats membres à l’instar de l’Allemagne.

La future Garantie européenne de l’enfance sera également à l’ordre du jour. Quels sont les enjeux pour la Sécurité sociale française ?

La Sécurité sociale française partage l’ambition de la Commission européenne de lutter contre la pauvreté des enfants qui touche bon nombre d'entre eux aujourd'hui et certainement encore plus au lendemain de la crise de la Covid-19.

Parmi les domaines que la Garantie pour l’enfance identifie comme étant essentiels (accueil de la petite enfance, logement, santé, éducation, nutrition), plusieurs constituent déjà des domaines d’intervention de la Sécurité sociale française. Celle-ci déploie également des actions spécifiques pour les enfants en situation de handicap et de pauvreté qui sont ciblés par cette stratégie. Plus largement, elle mène des politiques qui contribuent à une meilleure conciliation entre vie privée et vie professionnelle. En facilitant l’emploi rémunéré et déclaré des parents, et notamment des mères, elle permet d’améliorer le niveau de vie des familles et contribue ainsi à lutter contre la pauvreté structurelle des enfants.

Notre Sécurité sociale a donc de très bonnes pratiques à valoriser et à partager dans des domaines où elle se distingue souvent de ses homologues européens. Mais elle a aussi à apprendre des expériences des autres pays. Ce sont des rôles majeurs pour la REIF et nous ne pouvons que nous féliciter de son existence.

Quels sont les autres chantiers de la REIF en 2021 ?

L’année 2021 sera décisive pour l’Union européenne, notamment dans la mise en place des mécanismes de soutien de la résilience des Etats membres et de leurs systèmes de protection sociale face à la pandémie de Covid-19. La REIF prendra toute sa part dans ces travaux en participant aux consultations et en diffusant ses positions auprès des décideurs publics. La coopération avec nos partenaires, et notamment notre plateforme européenne ESIP, sera décisive.

La préparation de la Présidence française de l’UE, qui débute dans un an, constituera une opportunité unique pour les membres de la REIF de partager leurs bonnes pratiques et leurs attentes pour l’avenir de l’Europe. Ce sera également l’une de nos priorités en 2021.